À PROPOS DE « LA GUÉRISSEUSE »

NOTE D’INTENTION DE MOHAMED ZINEDDAINE, réalisateur et producteur de « La Guérisseuse »

La Guérisseuse (2017)
La Guérisseuse (2017)

UNE MÉMOIRE DÉPOUSSIÉRÉE

La nécessité de faire ce film est dictée par l’universalité de son thème : l’étude d’un pouvoir omniscient et des rapports de force perçus sous l’angle de la domination, de l’influence et de l’autorité d’un individu sur un ‘’monde’’.
La légitimité du pouvoir de Mbarka, la sage-femme, « La Guérisseuse », est fondée sur son utilité à soigner les autres mais aussi sur son charisme, sa qualité supérieure à commander, ordonner et se faire respecter. C’est ainsi que cette « nature » gagne la reconnaissance. J’ai toujours éprouvé une grande fascination pour les personnages sombres, excessifs, qui sont, en quelque sorte, sous l’emprise de leurs démons et de tourments intérieurs.
Mbarka et Ch’aayba font partie de cette famille. J’ai souhaité leur opposer un contre exemple : Abdou, une figure solaire, rare et rayonnante. La construction du récit est soutenue par des souvenirs personnels et mon imaginaire. Cette mémoire se mêle à une autre, plus collective, qui provient de ma région d’origine. Les personnages, leurs rêves ou leurs cauchemars, leurs chemins sentimentaux, leurs illusions ou leurs désillusions, leurs joies de vivre ou leurs errances, sont rangés dans les tiroirs de mon esprit. Ils sont le produit d’un passé aussi lointain qu’il est toujours vivace en moi.

 

La Guérisseuse (2017)
La Guérisseuse (2017)

LE CONTRASTE

Ch’aayba a quelque chose de fondamentalement antireligieux, le contraire de Mbarka. Il opère en cachette, elle en public. Il est solitaire tandis qu’elle a besoin des autres et vit une sociabilité horizontale.
Abdou est une figure intermédiaire entre Mbarka et Ch’aayba, à la fois doux et terrible avec eux, constructeur et démolisseur de leurs raisons d’être, à la fois lumière et obscurité.
Abdou leurs tend un miroir à la découverte de leur propre image : ils ont peur d’eux-mêmes.

LA GUÉRISON PAR L’ESPRIT

La maladie suscite à Ch’aayba les sentiments les plus opposés : la crainte, la confiance, l’espérance, la résignation, la malédiction, l’humilité et le désespoir ; comme tous les habitants du quartier, la maladie pousse Ch’aayba au plus haut degré de la superstition.

 

LE CHOIX DES ACTEURS

Le personnage de MBARKA est fort, dense, complexe : il exige l’interprétation d’une actrice d’expérience, aussi bien dans le domaine cinématographique que théâtral.
J’envisage une vraie présence, un caractère d’impératrice dont la physionomie impose le respect.
Certaines scènes de Mbarka sont très difficiles. Les débordements de sa passion font changer le cours de sa vie, son trône glissant devient trottoir, fait d’elle la mendiante de caresses et d’affection.
Le personnage de Ch’aayba ne cesse de fuir, d’échapper aux autres et à lui-même. Son rôle est celui d’un équilibriste qui marche continuellement au bord du gouffre.
C’est un ‘’animal’’ qui se doit d’être fascinant et séducteur, interprété par un acteur expérimenté également.
Le rôle de Abdou sera dévolu à un jeune acteur non-professionnel pour préserver sa fraîcheur et son authenticité.
Face au travail des deux professionnels, Mbarka et Ch’aayba, j’aurais pour enjeux de guider cet apprenti comédien et de l’amener à appréhender la caméra.

 

La Guérisseuse (2017)
La Guérisseuse (2017)

LES DÉCORS

Les décors du film (lieu d’habitation, le village, les ateliers…) seront des éléments constitutifs de la psychologique des personnages.
Mbarka habite une écurie d’architecture coloniale qui traduit littéralement son pouvoir sur tous les habitants du quartier, symbole du colon qui s’adresse à l’indigène du haut son cheval.
Naima, la petite amie de Abdou, habite une des maisons du village des mineurs où l’architecture cubiste et monotone l’emprisonne et l’opresse.
Le café royal est l’unique espace public où se rencontrent les personnages du film.
Son propriétaire est un ancien militaire, avide, n’ayant aucun scrupule pour gagner de l’argent.
La reconstitution de certains ateliers seront emblématiques de métiers disparus ou appartenant au passé.
Pour exemple, la transformation de pneus de véhicules en sandales ou en objets du quotidien, est pour moi le travail d’un archiviste de la mémoire, une matérialisation concrète à pouvoir filmer la mutation entre deux mondes, celui « d’hier » et celui d’aujourd’hui.

 

La Guérisseuse (2017)
La Guérisseuse (2017)